Editorial 2018

Haïti est à l’aube de deux cent quatorze années d’indépendance, une indépendance acquise avec stratégie dans des conditions difficiles parce qu’étant esclaves, nos aïeux voulaient vivre en hommes libres. La première république noire fut créée et a pour devise « L’union fait la force » et pour base de fondement : Liberté, Égalité, Fraternité.

Que nous reste-t-il de la devise « L’union fait la force » ?
Les rêves de nos ancêtres ne sont-ils pas jetés dans l’abîme ?
Les années se succèdent, les dirigeants passent et repassent, Haïti est toujours sur la liste des pays les plus pauvres, les plus corrompus. La plupart de nos hommes d’État ont une seule et même ambition: s’enrichir et garder le pouvoir au profit d’un clan.


Peut-on parler de Liberté, d'Égalité et de Fraternité ? Que nous reste-t-il de la vision de nos aïeux ?


La situation dans laquelle se trouve notre Haïti mérite des questionnements personnels et collectifs. Sur un total d’environ trente et un pays à faible revenu, Haïti est l’unique représentant des Amériques et de la Caraïbe dont le revenu national brut, communément appelé PIB, est évalué à $830 Américain par habitant . Haïti se retrouve dans la catégorie des économies à faible revenu.


Que dire du droit à la santé, à la l’éducation et au travail? Pour cette seule année, près d’un demi-million d’Haïtiens ont fui le pays pour aller seulement au Chili. Parallèlement un nombre important d’Haïtiens vivant illégalement aux États-Unis ont dû traverser illégalement au Canada. Et par-dessus tout ,la République voisine continue a chasser les immigrants haïtiens. Et sous les yeux de nos dirigeants, les Haïtiens continuent à se faire noyer en haute mer par le phénomène de boat people.


À la fin du mois de décembre 2017 environ quatre-vingts Haïtiens sont interceptés dans les eaux de Bahamas.
Intérêt personnel, intéret clanique, mépris du collectif, le pays s’enfonce dans l’abîme. Est-ce que les hommes au pouvoir travaillent vers une croissance économique quand ils ont proposé un budget controversé que l’exécutif a publié insouciamment. Le budget a été revisé à la hausse, les impôts, les droits et taxes ainsi que les ressources domestiques sans prendre en compte le revenu salarial et le niveau de pauvreté de la grande majorité.


Quoi dire de l’avenir des Haïtiens,de l’avenir économique du pays quand après le premier trimestre de l’exercice en cours les recettes mensuelles de l’État Haïtien ne dépassent pas sept milliards de gourdes alors qu’elles se situaient autour de huit milliards. Les contestataires du budget, l’opposition politique, les économistes lucides n’avaient-ils pas raison quand ils protestaient contre le budget qui affiche un taux d’accroissement de 200% à 300% d’impôts et une augmentation salariale en dessous de 16%.


Si nos autorités républicaines cherchaient à mettre le pays sur les trois bases ‘’Liberté, Egalité , Fraternité’’, le pouvoir législatif ne devrait pas danser sur le même tempo que le pouvoir exécutif au détriment des intérêts de la majorité Haïtienne. Quand il n’y a pas de séparation des trois pouvoirs de l’État, on risque tout. Faut-il se rappeler que l’exécutif était dans l’incapacité de faire démarrer la machine gouvernementale six mois après son installation malgré que le parlement et le chef de l’exécutif dansent sur le même tempo.


En Haïti, les chefs d'État sont toujours des égocentristes, ils cherchent toujours à se faire passer pour le sauveur de la nation. Dans cette optique d'égocentrisme, ils cherchent à contrôler les pouvoirs législatif et judiciaire. Incroyable, mais vrai, l'exécutif haïtien pendant une tournée en Europe a avoué avoir recommandé à ses parlementaires proches de torpiller le rapport de la commission sénatoriale sur la gestion des fonds Petro-Caribe.


Les autorités haïtiennes nient leur pouvoir de servitude, leur devoir envers la nation, elles favorisent la classe sociale la plus riche au détriment de la classe populaire, ce qui exacerbe l'inégalité et crée la criminalité, la violence. Pendant l'année 2017, le pays a connu des marches pacifiques, des grèves, des manifestations violentes. Jacmel, notre région, n'a pas été exempte.
Il faut rêver, rêvons Rêvons une Haïti avec un taux de criminalité, de violence, de décès, d'accidents plus bas.
Rêvons une Haïti avec un taux d'injustice, d'inégalité et d'égoïsme moins élevé.


Rêvons une Haïti ayant le chapeau de sa devise "L'union fait la force". Rêvons une Année 2018 moins bouleversée.

 

Auteur: Jacques Jn-Pierre



Share this post